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Stephan Jenn, Président de NovAliX : "Nous sommes viscéralement attachés à l'Alsace"

 

M. Stephan Jenn (Président de NovAliX à Illkirch), vous venez d'annoncer un prochain développement sur le site de la technopôle de Sidi Thabet proche de Tunis, pouvez-vous nous préciser vos développements ? Est ce qu'il s'agit de votre première présence à l'international ?

Dans le secteur de la recherche pharmaceutique, il n'y a pas de développement possible sans expansion internationale. Nous avons, dès l'origine, cherché à nous internationaliser. C'est une question de réputation car ne nous leurrons pas, le label France est une référence insuffisante. Rien de comparable avec le "made in Germany", ou le fait d'avoir su vendre de la technologie à des entreprises japonaises. Mais, au-delà des questions de crédibilité, c'est aussi la recherche de relais de croissance pour nos activités et la possibilité de mieux gérer les aléas d'activité. A terme, une entreprise avec des ventes mondialisées encaisse bien mieux les retournements de conjoncture.

Alors, effectivement, nous nous sommes installés en Allemagne pour y acquérir de la technologie, en Espagne pour accompagner un client américain d'envergure, au Japon pour mieux accéder à ce marché désormais essentiel pour nos activités.

Aujourd'hui, notre installation en Tunisie est le fruit d'une longue réflexion qui nous amène à y établir un laboratoire de recherche en chimie, et dont l'équipe sera totalement intégrée pour son fonctionnement à nos autres plateformes française et allemandes.

Quelles sont les motivations qui vous amènent à vous développer en Tunisie ? Quel type de recherche allez vous développer sur le continent africain ?

Il s'agit d'une double réflexion, à la fois géopolitique et économique, ces deux considérations se complétant l'une et l'autre...

Au plan économique, nous menons depuis longtemps une réflexion sur le coût de nos activités. En effet, en tant qu'opérateur de recherche externalisée, nous sommes confrontés à une vive concurrence internationale, nous y avons répondu en faisant le choix de l'intégration technologique, de la complexité, bref nous montons en gamme. Mais, cela ne nous exonère pas d'une réflexion sur la structure de nos coûts. Aussi, nous avions décidé d'internationaliser notre base de production afin de disposer d'une base de coûts diversifiés, européenne et désormais nord-africaine. Cela permettra d'améliorer nos résultats économiques et donc consolidera notre entreprise. J'ai fait 3 ans durant la pédagogie de ce modèle d'organisation dans la société, je ne voulais pas l'imposer, je voulais le voir adopté et j'ai été surpris de constater à quel point le message était finalement bien reçu...

Je dois préciser que notre démarche va au-delà des seules considérations économiques, elle se double d'un intérêt géostratégique pour la zone qui s'étend de Casablanca à Karachi, un vaste croissant, celui du monde arabo-musulman dont nous ne voulons pas rater l'éveil. Nous faisons pas mal de voyages d'études, d'intelligence économique, et l'on est toujours surpris de constater à quel point le monde bouge... On croise un groupe de recherche en RMN à Karachi, dans la péninsule arabique, on observe que les pétro-dollars s'investissent désormais dans l'enseignement supérieur et la recherche avec des universités et des centres de recherche qui sortent des sables. Bref, ces investissements préparent leur avenir.

Le choix de la Tunisie s'est imposé au terme de 18 mois d'études. Nous sommes convaincus, que ce pays dispose du potentiel pour devenir la Suisse de l'Afrique du nord et du moyen-orient. Cela signifie que le pays possède des avantages semblables à ceux qui font que nos voisins helvètes dominent les classements internationaux mesurant la compétitivité : entre autres, un système de formation de haute qualité et un environnement socio-économique favorisant l'investissement et la libre entreprise. Nous sommes donc convaincus que nous doter d'un outil de recherche dans ce pays, renforcera notre compétitivité, mais surtout à long terme facilitera notre accès à tous les marchés de la zone.

Est-ce-que vous continuerez vos investissements en Alsace en parallèle ?

Nous sommes viscéralement attachés à l'Alsace d'abord parce que les fondateurs de la société y ont un ancrage familial et historique, ensuite parce que l'environnement local a favorisé notre décollage, une recherche académique de classe mondiale, un bassin d'emplois extrêmement qualifié, un incubateur efficace, et surtout un financement d'amorçage apporté par Alsace Création. Ensuite le pôle Alsace Biovalley et l'ADIRA auront permis les rapprochements industriels et répondu à nos attentes très particulières en matière d'immobilier, enfin Alsace International nous aura permis d'aborder le marché japonais. Et aujourd'hui, cet environnement conserve des atouts.

L'Alsace restera donc pour longtemps le siège de nos activités. Toutefois aujourd'hui, après dix ans d'existence, nos problématiques sont celles d'une entreprise qui cherche à bâtir son avenir et dont l'ambition est de devenir une ETI internationalisée, or sous cet angle là, nous portons un regard critique sur la France, et notre jugement est sévère.

Si l'écosystème de la création d'entreprises à fort contenus scientifiques est aujourd'hui favorable avec une ensemble de mesures cohérentes comme les incubateurs, le statut de Jeune Entreprise Innovante, le Crédit d'Impôt Recherche... La suite est plus problématique. Il ne s'agit pas seulement de faire naître les entreprises, encore faut-il permettre leur croissance. A cet égard dans ce pays, le discours à l'égard des entrepreneurs reste très ambivalent, petits on les idolâtre, devenus grands on les abhorre. Ils ne méritent pas cet excès d'honneur, pas plus qu'ils ne veulent subir cet excès d'indignité. Ils souhaitent juste la sérénité du propos, la stabilité de la fiscalité, la simplicité du droit et surtout une juste reconnaissance de l'entreprise comme le lieu de la création et du partage de la richesse. L'entreprise ne doit plus être un enjeu idéologique.

Aujourd'hui en France, le droit du travail handicape la bonne marche des entreprises donc de l'économie. Ceux qui défendent sa complexité aberrante devrait avoir conscience qu'elle pénalise l'emploi. C'est vrai, on préfère ne pas embaucher et les investisseurs étrangers ne pas s'installer en France, à cet égard les statistiques récentes sont inquiétantes... Le dialogue social est médiocre car immature et centralisé, l'État servant de régulateur ultime. C'est une aberration dans un monde complexe. Il faut laisser les acteurs négocier, pour cela améliorer la représentation des salariés, tenir compte de la situation propre à chaque secteur d'activité... Ces constats sont anciens, hélas s'ils sont parfois partagés dans le pays, ils ne trouvent que peu de prolongements concrets. De notre point de vue, le pays est rétif à la réforme. Il se recroqueville et c'est inquiétant. Pour nous relever, il faut aller au monde, observer sa marche, nous y insérer donc nous internationaliser. Nous ne nous inventerons pas un avenir en dépit des autres. Si nous ne nous adaptons pas, nous serons délaissés. Le monde n'attend pas la France.
Autre sujet difficile, la chaîne de financement qui reste à améliorer, l'orientation de l'épargne, abondante en France est un enjeu considérable. C'est un sujet complexe mais essentiel. Rien qu'en Alsace, s'il y a désormais abondance de fonds, il n'y a rien qui ne puisse prendre le relais de nos financeurs initiaux, c'est donc en Allemagne que nous avons trouvé un investisseur pour nos activités. Cela se passe de commentaire.

Bref, nous ne partirons pas et resterons ancrés dans notre territoire, mais les décisions sur la localisation de nos investissements se feront désormais sur la base de leur contribution au développement de notre groupe.

Pour en savoir plus, merci de vous adresser à Monique Jung Gengenwin.

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