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Les entreprises se serrent les coudes pour mieux recruter

« On a du mal à faire venir les candidats que l'on souhaite recruter, mais quand ils sont là ils n'ont plus envie de repartir. » Voilà ce que beaucoup de DRH alsaciens confient à Monique Jung Gengenwin, directrice adjointe de l'ADIRA. Il existerait donc une distorsion entre l'image que renvoie l'Alsace et la réalité du terrain, beaucoup plus positive. En témoigne Yohann Cassoret, responsable d'établissement au sein du groupe barheini BFG, qui s'est récemment implanté à Illkirch : « Je trouve les Alsaciens très ouverts, pas du tout enfermés sur eux mêmes comme le voudrait la légende, et la région de Strasbourg est très dynamique. J'arrive de l'Ouest et je trouve que tout est beaucoup plus facile en Alsace. »

Reste que beaucoup d'entreprises régionales, et même des laboratoires publics comme le CNRS, font régulièrement part de leurs difficultés à recruter de nouveaux talents -dirigeants, cadres administratifs, ingénieurs...- en raison d'un manque d'attractivité de la région. « C'est une vraie problématique de fond qui est due en grande partie à des a priori du type " il fait froid", "il faut parler allemand", "on va avoir du mal à s'intégrer "...  Et c'est une problématique qui concerne tout le monde, aussi bien les grands comptes que les PME », constate Nicolas Robinius, consultant Entreprises à l'Apec Alsace. Cette image trop négative de l'Alsace a également été perçue par les « Dirigeants alsaciens de Paris », un groupe informel et discret de patrons régionaux implantés dans la capitale qui se réunit régulièrement autour de Rémy Pflimlin, le P-DG de France Télévisions. En 2013, ils ont fait connaître leur disponibilité pour appuyer toutes les actions susceptibles d'effacer ce déficit d'attractivité. Et peu à peu, les choses se mettent en place.

Penser à l'emploi du conjoint
Ainsi l'Apec et l'ADIRA ont-elles nouées un partenariat pour mettre en place un dispositif au bénéfice des conjoints de nouveaux collaborateurs, pour lesquels la nécessité de rechercher un nouvel emploi peut constituer un frein à la mobilité. « L'objectif, explique Nicolas Robinius, c'est que l'entreprise puisse proposer à la personne qu'elle recrute que son ou sa conjoint(e) bénéficie en amont d'un accompagnement pour découvrir le tissu économique régional. Sur place, cela se poursuit par un accompagnement personnalisé par un conseiller de l'Apec ».

Constatant qu'il fallait aller plus loin, l'ADIRA a pris l'initiative de réunir, à deux reprises déjà en 2014, des DRH représentants une vingtaine de grands comptes qui peuvent faire circuler et mettre en lumière des CV de conjoint(e)s de candidats. « La bonne solution, le bon outil pour répondre à cette problématique n'est pas encore déterminé », admet toutefois Monique Jung Gengenwin.

Sortir des clichés
Mais la question de l'emploi du conjoint n'est pas le seul axe de travail des réunions rassemblant l'ADIRA et les DRH, auxquelles l'Agence d'attractivité de l'Alsace (AAA) est associée. Le gros morceau consiste à imaginer collégialement des solutions pour susciter davantage de CV. Et pour cela, il faut d'abord travailler sur l'image de la région. « Pour le moment, l'image de l'Alsace, c'est les "5C" (choucroute, cigognes, colombages, cathédrale, coiffes). Mais pour les professionnels, il faudrait davantage leur parler de produits et d'emplois », observe Heiko Höfer, en charge des comptes industriels au sein de l'agence strasbourgeoise du cabinet de recrutement Neumann Partners. « C'est une région qui sait très bien se vendre au niveau du tourisme, mais qui manque de dynamisme par rapport à la sphère professionnelle. Il faudrait montrer une image moins neutre, plus remuante ! », abonde Françoise Lecuyer, directrice du cabinet d'aide à la mobilité géographique SCOT, qui assiste les entreprises et leurs salariés.

Une diversité et une géographie à valoriser
Certes, l'Alsace n'a pas un secteur-clé à mettre en avant pour incarner son dynamisme, comme la région toulousaine peut le faire avec l'aéronautique. « Mais il y a une diversité des industries, un contexte très riche allant de l'agrolimentaire à la mécanique en passant par la chimie, qui constituent des atouts que l'on doit mieux mettre en valeur, reprend Heiko Höfer. Pourquoi ne pas associer l'image du vin à celle d'une Bugatti assemblée à Molsheim ou d'une machine agricole Kuhn ? » Autre atout à mieux mettre en avant selon lui, la géographie : « C'est la région trinationale qu'il faut marketer pour attirer des cadres dirigeants en Alsace. Il faut penser la région à 360°. » « Pour les candidats, la proximité de l'Allemagne et de la Suisse ouvre le champ des possibles », confirme Sandrine Scheer, DRH d'Adidas France. Et pour des Américains, habitués aux grands espaces, c'est le "voisinage" d'Amsterdam, Berlin ou Milan qui peut séduire. La géographie, c'est aussi les Vosges. « Nous, on joue sur le côté vie au vert et au grand air, explique Serge Zirnheld, RRH de Bürkert, implanté à Triembach-au-Val. Si on prend la cible du personnel scientifique parisien, ce qu'on est en mesure de leur offrir c'est plus de tranquillité, plus d'oxygène, sans être trop éloigné d'une métropole. » La tradition de dialogue social plus prononcée que dans les autres régions peut également être un argument pour attirer des cadres dirigeants.

La question des vecteurs à mettre en œuvre pour mieux diffuser cette réalité est encore en débat. Faut-il un ou des film(s) promotionnel(s) ? Un site Internet dédié ? Une « marque employeurs » ? « Un recrutement, c'est toujours un petit match, commente Léonard Specht, DRH de Lohr Industrie. Ca se joue souvent à pas grand chose. Alors tous les petits "plus" sont bons à prendre ! »  En tout cas, « les entreprises travaillent ensemble à résoudre un problème qu'elles ne pourraient pas résoudre seules », se réjouit Vincent Froehlicher, le directeur général de l'ADIRA. Et elle savent qu'elles pourront aller chercher des ressources auprès de partenaires externes : la Maison de l'Alsace à Paris ou les « Dirigeants alsaciens de Paris» quand il faudra communiquer dans la capitale...

François Braun

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Un processus double

Le travail collectif mené avec le soutien des agences parapubliques est important. Mais les entreprises ont aussi des cartes personnelles à jouer pour améliorer leurs stratégies de recrutement. « L'entreprise doit d'abord être très performante dans sa communication sur son métier et son secteur d'activité », pointe Heiko Höfer, qui estime par exemple que beaucoup d'entreprises alsaciennes ont un retard à combler en termes de visibilité et de qualité des informations diffusées via leur site Internet. « Les entreprises sont parfois frileuses sur les moyens à développer pour attirer les gens », regrette par ailleurs Françoise Lécuyer. Or, dans les phases finales de recrutement, certaines techniques ont fait leurs preuves et mériteraient d'être plus largement utilisées. Ainsi, la réservation de places dans des crèches d'entreprises peut-être un atout. De même que l'investissement dans une double invitation pour une journée ou un week-end de découverte de la région, qui permet souvent de lever les craintes du conjoint. « On l'a fait une fois, parce qu'on sentait qu'il y avait une appréhension du côté du candidat, raconte Serge Zirnheld. C'est une dépense minime : 400 euros, ce n'est pas grand-chose par rapport au coût d'un recrutement. » Chez Socomec, la pratique est courante. « Nous organisons quasi-systématiquement une visite de la région pour les conjoint(e)s de nos cadres, nous leurs donnons les coordonnées de gens qui se sont installés ici deux ou trois ans avant, nous les aidons dans leurs recherches de logement et nous avons un partenariat historique avec SCOT », souligne Geneviève Lepelletier, la DRH du groupe. « Pour le candidat, ce n'est pas seulement un changement de boulot, c'est un changement de vie, poursuit Daniel Klumb, DRH. Pour transformer un contact en embauche, il faut savoir faire du sur-mesure. Si par exemple les gens ne peuvent pas bouger immédiatement pour des raisons personnelles, il faut prendre des dispositions pour faciliter le célibat familial pendant le temps nécessaire. »

F.B.

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